« Stronger together to drive impact » : 30 ans d’évaluation à la Banque européenne d’investissement


La BEI a réuni à Luxembourg, les 29 et 30 avril 2026, près de 200 professionnels et utilisateurs de l’évaluation à l’occasion d’une conférence internationale consacrée à une question centrale : comment faire de l’évaluation un véritable levier d’apprentissage, de décision et d’impact ?

À l’occasion des 30 ans de sa fonction d’évaluation, le Groupe Banque européenne d’investissement (BEI) a organisé les 29 et 30 avril 2026, à son siège de Luxembourg et en ligne, la conférence « Stronger together to drive impact ».

L’événement a rassemblé environ 200 participants issus des institutions européennes, des banques nationales de promotion, des institutions financières internationales et de la communauté européenne et internationale de l’évaluation.

Au-delà de la célébration anniversaire, ces deux journées ont surtout permis d’interroger l’évolution de la fonction d’évaluation : comment renforcer sa pertinence, sa crédibilité et son utilité, mais surtout comment faire en sorte que les connaissances produites soient effectivement utilisées pour éclairer les décisions et améliorer l’action publique ?

De la production d’évidence à son utilisation

Le fil conducteur de la conférence est particulièrement significatif : l’enjeu n’est plus seulement de produire des évaluations de qualité, mais de créer les conditions de leur utilisation. La BEI souligne ainsi que l’influence d’une évaluation dépend notamment de la capacité à produire des enseignements au bon moment, à les communiquer clairement, à favoriser leur appropriation au sein des organisations et à développer la coopération entre institutions.

Cette conception rejoint la manière dont la BEI définit actuellement sa propre fonction d’évaluation. Celle-ci poursuit deux objectifs complémentaires : contribuer à la redevabilité de l’institution et permettre de tirer des enseignements pour améliorer ses interventions futures. La BEI insiste également sur quatre principes directeurs : l’utilité, la crédibilité, l’indépendance et la coopération.

L’évaluation apparaît ainsi de moins en moins comme une étape située à la fin d'un processus et davantage comme une fonction de connaissance et d’apprentissage intégrée au cycle de décision.

Une première journée consacrée à l’impact de l’évaluation

La première journée a abordé plusieurs questions fondamentales pour les institutions exerçant un mandat public.

Les discussions ont notamment porté sur l’additionnalité et la valeur ajoutée de l’intervention publique, sur l’équilibre entre simplification des processus et mesure de l’impact, ainsi que sur le passage des enseignements issus des évaluations à l’action.

La question de l’additionnalité est particulièrement importante pour une institution financière publique comme la BEI : il s’agit notamment de déterminer ce que l’intervention de l’institution apporte réellement et ce qui n’aurait pas nécessairement été réalisé en son absence.

Cette problématique rejoint plus largement une question fondamentale de l’évaluation des politiques publiques : comment identifier et documenter la contribution propre d’une intervention publique à des résultats observés ?

La BEI a d’ailleurs publié, quelques semaines avant la conférence, une évaluation indépendante de son Additionality and Impact Measurement (AIM) framework. Introduit en 2020, ce cadre vise précisément à soutenir les décisions d’investissement et le reporting en matière de redevabilité et d’apprentissage. L’évaluation conclut notamment que le cadre est conceptuellement solide, tout en identifiant des possibilités d’amélioration concernant notamment la mesure de la contribution aux objectifs de politique publique et l’utilisation des données AIM.

Mesurer l’impact sans multiplier les charges

Un autre enjeu majeur abordé lors de la première journée concerne la recherche d’un équilibre entre exigence de preuve et simplification.

Les institutions publiques sont confrontées à une double attente : démontrer davantage les résultats et l’impact de leurs interventions, tout en réduisant les charges administratives et les obligations de reporting.

L’enjeu n’est donc pas nécessairement de collecter toujours davantage de données, mais de disposer des bonnes données pour répondre aux bonnes questions.

Cette réflexion est particulièrement importante dans un contexte où les administrations et institutions disposent de volumes croissants de données. La qualité d’une évaluation dépend moins de la quantité d’informations disponibles que de leur pertinence, de leur qualité, de leur accessibilité et de la capacité à les mobiliser pour répondre à une question décisionnelle clairement identifiée.

Des enseignements à l’action : le véritable défi de l’évaluation

La conférence a également consacré une session au thème « From insights to action », puis une autre, lors de la deuxième journée, au passage « From Recommendations to organisational change ».

Cette articulation met en lumière un point essentiel : une conclusion pertinente ou une recommandation de qualité ne produit pas automatiquement un changement.

Pour qu’une évaluation ait un effet concret, plusieurs conditions doivent être réunies : compréhension des résultats, appropriation par les acteurs concernés, identification des responsabilités, suivi des recommandations et articulation avec les processus de décision.

L’impact de l’évaluation peut ainsi être envisagé à plusieurs niveaux : impact sur la politique ou le programme évalué, mais également impact sur la capacité de l’organisation à apprendre et à faire évoluer ses propres pratiques. L’évaluation participe alors à une véritable boucle d’apprentissage :

observer → analyser → comprendre → recommander → agir → apprendre.

L’innovation au service de l’évaluation

La deuxième journée a élargi la réflexion aux nouvelles pratiques et méthodes d’évaluation.

Les échanges ont notamment porté sur l’intelligence artificielle, les données géospatiales, les méthodes fondées sur les données et la prospective stratégique.

Ces évolutions offrent de nouvelles possibilités pour produire, analyser et restituer les éléments probants. Elles soulèvent également des questions de qualité des données, de robustesse méthodologique, de transparence et de gouvernance.

L’intérêt de ces innovations réside cependant moins dans les technologies elles-mêmes que dans leur capacité à améliorer la qualité et l’utilité des évaluations.

La conférence invite ainsi à considérer l’innovation comme un moyen d’expérimenter de nouvelles approches, d’apprendre de leur utilisation et, lorsque leur valeur est démontrée, de les intégrer durablement dans les pratiques professionnelles.

La communication, une composante à part entière de l’évaluation

Un autre enseignement particulièrement intéressant concerne la place accordée à la communication.

Une évaluation, même méthodologiquement robuste, ne peut produire pleinement ses effets si ses conclusions restent difficiles à comprendre ou si elles n’atteignent pas les personnes susceptibles de les utiliser.

La dernière session de la conférence était ainsi consacrée à la manière de maximiser l’impact des évaluations par leur communication.

Cette approche conduit à considérer la communication non comme une simple étape finale de diffusion, mais comme une composante de la stratégie d’utilisation de l’évaluation. Une question devient alors centrale dès le lancement d’une évaluation :

Qui devra utiliser les résultats, pour quelle décision et sous quelle forme ?

Cette logique peut conduire à diversifier les formats : rapport complet, synthèse exécutive, visualisations, présentations, échanges avec les parties prenantes ou encore contenus destinés à des publics non spécialisés.

« Stronger together » : faire progresser une communauté de pratique

Le titre de la conférence — Stronger together to drive impact — traduit également un autre message fort : l’évaluation progresse par le partage des expériences et des méthodes.

La diversité des institutions représentées — institutions européennes, banques nationales de promotion, institutions financières internationales et organismes d’évaluation — a permis de confronter des pratiques développées dans des environnements différents mais confrontés à des problématiques communes.

La coopération permet notamment de comparer les approches, de partager les innovations, de développer les compétences et de renforcer progressivement une communauté professionnelle internationale de l’évaluation.

Cette dimension collaborative rejoint d’ailleurs l’un des principes affichés par la fonction d’évaluation de la BEI, qui souligne l’importance de l’interaction continue avec les parties prenantes internes et externes afin de garantir la qualité des informations recueillies et l’utilité des conclusions et recommandations.

7 enseignements à retenir

  1. Concevoir l’évaluation pour qu’elle soit utilisée
    L’utilisation des résultats doit être anticipée dès la conception de l’évaluation et articulée aux besoins des décideurs.
  2. Faire de l’évaluation une fonction d’apprentissage
    L’évaluation ne se limite pas à mesurer ou contrôler : elle permet de comprendre, de tirer des enseignements et d’améliorer l’action future.
  3. Partir des décisions à éclairer
    La question « quelle décision cette évaluation doit-elle aider à prendre ? » peut contribuer à mieux définir le périmètre, les données et les méthodes nécessaires.
  4. Concilier rigueur et simplification
    L’objectif n’est pas de collecter toujours davantage de données, mais de produire une évidence suffisamment robuste, pertinente et proportionnée aux enjeux.
  5. Organiser le passage des recommandations au changement
    Une recommandation ne constitue pas en elle-même un changement : son impact dépend aussi de son appropriation, de son portage et de son suivi.
  6. Mettre l’innovation au service de l’impact
    IA, données géospatiales, méthodes data-driven ou prospective peuvent enrichir les pratiques d’évaluation lorsqu’elles répondent à un besoin clairement identifié.
  7. Faire de la communication une composante de l’évaluation
    Pour être utilisée, une connaissance doit être accessible, compréhensible et adaptée aux personnes et aux décisions auxquelles elle est destinée.

Quels enjeux pour le Luxembourg ?

La tenue de cette conférence internationale à Luxembourg est particulièrement intéressante dans le contexte national.

Le Luxembourg accueille de nombreuses institutions européennes et internationales et dispose d’un écosystème particulièrement riche dans les domaines de la finance publique, de la donnée, de la recherche et de l’analyse des politiques publiques.

Les réflexions de la BEI invitent notamment à poursuivre le développement d’une culture de l’évaluation au Luxembourg, en renforçant les liens entre données, recherche, expertise et décision publique.

Plusieurs questions peuvent être mises en avant :

Ces questions rejoignent directement les objectifs de la SOLEP, qui entend contribuer au développement de la culture et des pratiques de l’évaluation et de la prospective, favoriser le partage d’expériences et de méthodes et participer au débat sur la qualité de la décision publique.

La conférence de la BEI rappelle ainsi que le développement d’une culture de l’évaluation ne repose pas uniquement sur la production d’études : il suppose également de construire les compétences, un patrimoine de données, les méthodes, les réseaux et les conditions organisationnelles permettant de transformer les connaissances produites en apprentissage et en action.

Pour aller plus loin

Revoir les sessions de la conférence

La BEI met à disposition les enregistrements des deux journées, avec l’ensemble des sessions :

EIB Group Evaluation Conference 2026 – page officielle et replays

Jour 1 – Stronger together to drive impact

Jour 2 – Evaluation in practice

La page officielle comprend également de courtes vidéos dans lesquelles plusieurs intervenants partagent leurs principaux enseignements.

Consulter les présentations

La BEI met également à disposition, sur la page de la conférence, les présentations des intervenants des deux journées (Access presentations).

Présentations et documents de la conférence – BEI

Pour approfondir

La conférence peut utilement être mise en perspective avec le EIB Group Evaluation Activity Report 2025 and Work Programme 2026–2028, publié le 27 avril 2026. Le programme de travail pour 2026–2028 donne notamment la priorité aux évaluations susceptibles d’éclairer les décisions stratégiques futures, aux évaluations demandées par le Conseil d’administration ou les mandants, ainsi qu’aux évaluations couvrant une part significative des activités du Groupe.

EIB Group Evaluation Activity Report 2025 and Work Programme 2026–2028

Enfin, l’évaluation indépendante du cadre Additionality and Impact Measurement (AIM), publiée en mars 2026, constitue une illustration concrète des enjeux discutés lors de la conférence : qualité du cadre d’évaluation, utilisation des données, contribution aux objectifs de politique publique et utilité pour la décision stratégique.

EIB Additionality and Impact Measurement (AIM) framework – independent evaluation





en-eib-logogroup.png