Congrès SEVAL 2026 : évaluation, lobbying et indépendance de l’évaluation
Les 27 et 28 août 2026, la Société suisse d’évaluation (SEVAL) a réuni à Fribourg la communauté de l’évaluation autour d’une question particulièrement actuelle : comment l’évaluation peut-elle préserver son indépendance et sa qualité lorsqu’elle intervient dans des environnements où différents acteurs cherchent à faire valoir leurs intérêts ?
Organisée à la Haute école de travail social de Fribourg (HETS-FR), cette édition anniversaire du Congrès SEVAL était également l’occasion de célébrer les 30 ans de la Société suisse d’évaluation.
Évaluation et lobbying : une question au cœur des politiques publiques
Intitulé « Évaluation et lobbying : comment l’évaluation gère-t-elle la représentation des intérêts et la prise d’influence ? », le congrès a placé au centre des débats les relations entre production de connaissances évaluatives, intérêts des parties prenantes et processus de décision publique.
La SEVAL part d’un constat simple : puisque l’évaluation vise notamment à apprécier les politiques publiques, il serait difficile de considérer les processus évaluatifs comme totalement à l’écart des tentatives d’influence.
Ces influences peuvent intervenir à différents moments : dans la définition de la commande, dans le choix des questions évaluatives, dans la constitution des groupes d’accompagnement, dans l’accès aux données ou encore dans l’interprétation et l’utilisation des résultats.
Le congrès a ainsi permis d’interroger plusieurs questions essentielles pour la pratique évaluative : où placer la frontière entre participation des parties prenantes et influence indue ? Comment identifier et gérer les conflits d’intérêts ? Comment préserver l’indépendance de l’évaluateur ? Et comment limiter le risque d’instrumentalisation des résultats une fois l’évaluation terminée ?
Deux journées articulant réflexion, méthodes et échanges de pratiques
Le programme proposait une articulation particulièrement riche entre réflexion de fond et échanges méthodologiques.
La première journée, le jeudi 27 août, était notamment consacrée à 12 ateliers méthodologiques, conçus comme des espaces d’échange autour de pratiques et de techniques d’évaluation. Les sujets abordés allaient de l’évaluation interservices à la prise en compte de la durabilité, en passant par les situations d’évaluation dans des contextes sensibles, l’absence de données, les modèles d’impact ou encore les nouvelles approches de l’évaluation fondées sur l’intelligence artificielle.
Parmi les ateliers figuraient notamment :
- l’intégration des parties prenantes dans l’évaluation de politiques cantonales interservices ;
- la gestion des évaluations dans des contextes sensibles ou fortement politisés ;
- la révision des cadres de compétences de la SEVAL pour les évaluateurs et les gestionnaires d’évaluation ;
- la mesure de l’impact de la Nouvelle politique régionale suisse ;
- les méthodes permettant de réduire l’influence des biais dans la mesure des effets des campagnes comportementales ;
- la question de l’absence de données dans une évaluation ;
- la mise en œuvre des recommandations d’évaluation ;
- la prise en compte de la durabilité ;
- et les trois générations d’évaluation fondée sur l’intelligence artificielle.
Cette diversité illustre l’évolution actuelle du champ de l’évaluation : au-delà des méthodes classiques de mesure d’impact, les professionnels sont confrontés à des enjeux croissants de gouvernance, de participation, de données, d’éthique et de transformation technologique.
De l’évidence aux intérêts : l’indépendance comme enjeu professionnel
La deuxième journée a approfondi la thématique centrale du congrès.
Thomas Gees, de la Haute école spécialisée bernoise, a ouvert les travaux avec une réflexion intitulée « Entre évidence et intérêts : le lobbying comme influence épistémique ».
Thomas Delahais, de Quadrant Conseil, a ensuite présenté les résultats d’une enquête consacrée aux différents profils et postures des évaluateurs et évaluatrices.
Six workshops ont ensuite permis d’examiner les questions d’indépendance et d’influence sous différents angles, notamment les tentatives d’influence exercées par le mandant, le rôle des standards SEVAL, les relations entre intérêt général et intérêts particuliers ou encore la posture professionnelle de l’évaluateur.
La question de l’indépendance a également été replacée dans une perspective historique avec l’intervention de Susanne Hadorn, consacrée aux évolutions intervenues depuis le congrès SEVAL de 2015, lui-même consacré à l’indépendance de l’évaluation.
De la production des résultats à leur utilisation
L’un des temps forts de la journée a été consacré à l’utilisation des résultats d’évaluation et au risque d’instrumentalisation.
Une table ronde réunissant Céline Mavrot, Jean-François Steiert, conseiller d’État du canton de Fribourg, et Reto Wiesli, président de la Société suisse des affaires publiques, a permis d’aborder la question de ce qui se passe après la production d’une évaluation : comment les résultats sont-ils reçus, interprétés, communiqués et mobilisés dans le débat public ?
Cette question est particulièrement importante pour la communauté évaluative. Une évaluation ne produit pas seulement un rapport : elle produit des connaissances susceptibles d’être utilisées par différents acteurs dans des contextes institutionnels et politiques parfois complexes.
Le congrès invite ainsi à considérer l’utilisation des résultats comme une dimension à part entière de la qualité d’une évaluation.
Les standards SEVAL : un cadre de référence pour la pratique
Les débats ont également mis en évidence le rôle des standards SEVAL, notamment en matière de transparence, de prise en compte des parties prenantes, de déclaration des conflits d’intérêts et de publication des résultats.
La SEVAL travaille depuis plusieurs années à la diffusion et à l’application de ces standards. Une publication consacrée à leur mise en œuvre pratique est par ailleurs annoncée pour l’automne 2026.
Cette actualité est particulièrement intéressante pour les professionnels de l’évaluation : les standards ne constituent pas seulement un cadre théorique, mais peuvent également servir de référence pour clarifier les rôles, sécuriser les processus et renforcer la qualité des évaluations.
30 ans de SEVAL : regarder le chemin parcouru et préparer l’avenir
Le congrès 2026 revêtait une dimension particulière puisqu’il marquait les 30 ans de la Société suisse d’évaluation, fondée en 1996.
La première journée comportait ainsi une séquence anniversaire consacrée à l’évolution de l’évaluation et au rôle de la SEVAL, avec les interventions de Katia Horber-Papazian, Thomas Widmer et Philipp Zogg, suivies d’une discussion.
La clôture du congrès a également été consacrée à l’avenir de l’association et à la manière dont celle-ci peut continuer à contribuer au développement de la culture évaluative en Suisse.
7 enseignements à retenir
- L’évaluation n’est jamais totalement isolée de son environnement institutionnel et politique.
Les parties prenantes, les commanditaires et les acteurs concernés peuvent exercer une influence à différents moments du processus. - L’indépendance se construit dès la conception de l’évaluation.
La définition de la commande, des questions évaluatives, des rôles et des modalités de gouvernance constitue une étape déterminante. - La participation des parties prenantes et l’indépendance ne sont pas nécessairement contradictoires.
L’enjeu est notamment de clarifier les rôles, les responsabilités et les modalités de participation. - Les conflits d’intérêts doivent être identifiés et traités explicitement.
La transparence constitue à cet égard un élément important de la crédibilité du processus évaluatif. - La qualité d’une évaluation dépend aussi de l’utilisation qui est faite de ses résultats.
La communication, l’appropriation et l’interprétation des résultats font partie intégrante de leur impact. - Les compétences des évaluateurs évoluent avec les nouvelles pratiques et technologies.
Données, intelligence artificielle, nouvelles méthodes de mesure d’impact, gouvernance interinstitutionnelle et enjeux éthiques renouvellent progressivement le métier. - La professionnalisation de l’évaluation passe aussi par des cadres de référence partagés.
Les standards, référentiels de compétences et échanges de pratiques contribuent à structurer une communauté professionnelle et à renforcer la qualité des évaluations.
Ressources et documents
La SEVAL n’a pas, à la date de rédaction de cette News, publié de recueil formel des actes du Congrès 2026 ni de page recensant l’ensemble des présentations ou des replays des différentes sessions. La page officielle et le programme détaillé constituent néanmoins des ressources particulièrement utiles.
Programme complet du Congrès SEVAL 2026
Consulter le programme détaillé du Congrès SEVAL 2026
Page officielle du Congrès SEVAL 2026
Accéder à la page officielle du Congrès
Newsletter SEVAL – juin 2026 : 30 ans de SEVAL et présentation du Congrès
Lire la newsletter SEVAL n°46
Newsletter SEVAL – juillet 2026 : programme détaillé et perspectives
Lire la newsletter SEVAL n°47
Site de la SEVAL
Consulter le site de la Société suisse d’évaluation
Les premières publications postérieures au congrès témoignent par ailleurs de la poursuite des échanges autour de cette édition anniversaire. La SEVAL a notamment annoncé, après le congrès, la publication progressive de retours plus détaillés sur les différents temps forts de l’événement.
Et au Luxembourg ?
Les questions soulevées lors du Congrès SEVAL dépassent largement le contexte suisse.
Elles font directement écho aux enjeux auxquels sont confrontées les administrations et institutions qui commanditent, produisent ou utilisent des évaluations de politiques publiques au Luxembourg : définition des besoins d’évaluation, gouvernance des études, indépendance des analyses, accès et qualité des données, participation des parties prenantes, transparence des méthodes et utilisation des résultats dans la décision publique.
Dans un environnement où les politiques publiques sont de plus en plus transversales et où les décisions reposent sur des volumes croissants de données, la question n’est donc pas seulement de produire des évaluations méthodologiquement robustes. Il s’agit également de créer les conditions institutionnelles permettant à ces évaluations de conserver leur crédibilité, d’être comprises par leurs différents publics et de contribuer effectivement à l’apprentissage collectif et à l’amélioration de l’action publique.
À ce titre, les échanges de la SEVAL constituent une source d’inspiration utile pour la communauté luxembourgeoise de l’évaluation et pour les travaux de la SOLEP, notamment sur les questions de professionnalisation, de qualité, d’indépendance et d’utilisation des évaluations.
À suivre
La SOLEP suivra avec intérêt les ressources complémentaires que la SEVAL pourrait mettre à disposition dans les prochaines semaines, notamment les éventuelles présentations, synthèses ou enregistrements des interventions du Congrès 2026.